Mon fils aime le rose : comment je l’aide à oser.

31 Jan, 2025

Le Monstre des Couleurs

Il n’a pas hérité de ce surnom pour rien!


Mon Chabi (8 ans) a un style vestimentaire pour le moins… flamboyant. La preuve en image, avec cette photo que j’ai déjà partagée plusieurs fois sur Instagram (et que je remets ici, juste au cas où tu penserais que j’en rajoute 👈🏻). 

Évidemment, ça ne passe pas inaperçu. D’autant plus qu’il adore le rose et ne dit pas non à une petite touche de paillettes pour parfaire le tout.

J’adore son style – sans doute parce qu’il s’inscrit dans la droite ligne de mes propres goûts. Mais je ne vais pas te mentir : ça m’inquiète aussi.

Depuis toujours.

Et de plus en plus.

Quand la carapace se fissure.

Tout s’était plutôt bien passé jusque là. Si tu veux mon avis, ce n’est pas qu’il ne recevait jamais de remarques, c’est plutôt qu’il était tellement sûr de ses choix et de ses goûts qu’il n’y prêtait absolument aucune attention.

Sauf que depuis la rentrée au CM1, la carapace se fendille peu à peu, et cela lui pèse. Il y pense, il en parle. C’est devenu un sujet presque quotidien et une véritable affaire de famille : son papa, son frère Didou et moi nous investissons pour l’aider à riposter en nous inspirant des fameuses « flèches » d’Emmanuelle Piquet. (Il s’agit d’un outil génial pour lutter contre le harcèlement scolaire, que je t’invite à découvrir ici, si tu ne connais pas encore). D’ailleurs, j’en avais parlé dans cet article de blog.

Mais cela a pris des proportions autres depuis que des collégiens s’en sont mêlés, et que Didou a voulu défendre son frère sans parvenir à rester aussi pacifique que nous l’aurions voulu.

Culpabilitéééééééé

C’est un trait d’humour que je fais à chaque Café des Parents que j’anime : je suis convaincue que le pack « Culpabilité » est offert avec la parentalité. Quelle que soit la décision que tu prends en tant que parent, tu culpabilises. Pour tout, et bien évidemment pour son contraire aussi ! 

Alors forcément, cette histoire de vêtements très (très) colorés m’amène à me poser mille questions. D’autant que moi aussi je dois me confronter aux regards, aux remarques et à l’avis de mon entourage plus ou moins proche. On ne manque pas de me faire comprendre que je mets mon fils en difficulté en le laissant s’habiller ainsi…. quand on ne me soupçonne pas de l’y forcer.

En effet, soyons honnêtes : ce n’est pas juste une question de soutenir les choix de mon enfant. J’aime ses choix. J’aime qu’il porte du rose. J’aime qu’il affiche toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, comme une bannière pour soutenir la communauté LGBTQIA+. Et j’en ai fait l’expérience : je sais bien que s’il portait une tenue militaire, mes ressentis seraient complètement différents. 

Alors, souvent, je me demande où est la fragile limite entre ses choix et les miens. Je ne veux rien lui imposer, ni d’un côté, ni de l’autre. (Tiens, ça ne te rappellerait pas la grande question du fragile équilibre entre trop ou et pas assez ?)

Libre de changer d’avis aussi.

C’est pour toutes ces raisons que je prends bien garde à laisser la porte ouverte à un changement de direction. Son père et moi lui répétons sans cesse :

« Nous t’aimons pour qui tu es, pas pour ce que tu portes ou ce que tu fais. 
Tu peux être qui tu veux, nous t’aimerons toujours ». 

Mais on lui dit aussi que, parfois, être soi demande une sacrée dose de courage. Et que s’il ressent le besoin de faire une pause, de se fondre un peu plus dans la masse, ce n’est pas grave. Nous serons là, quoi qu’il arrive.

Changer le monde, un look à la fois.

Nous lui rappelons aussi à quel point il est inspirant. Nous sommes immensément fier.e.s que, si petit déjà, il change le monde. 

Nous lui répétons que ces enfants qui lui font des remarques réagissent violemment parce qu’eux-mêmes n’osent pas. Or, grâce à lui, ils voient que c’est possible. D’ailleurs, l’un de ses camarades les plus moqueurs n’a-t-il pas fini par demander s’il pouvait essayer ses chaussures à paillettes lumineuses ? 

Bien sûr, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Alors, quand cela devient trop lourd à porter, on peut faire une pause…. ou au moins changer de tenue.

Le piège de vouloir plaire à tout le monde.

Sauf que… je l’ai tout de même mis en garde : changer pour essayer de plaire aux autres, c’est une spirale infernale.

Et Chabi, ce grand sage parmi les humain.e.s, a tout compris :

« Finalement, j’ai réfléchi, et je préfère pas suivre l’avis des autres. Sinon je vais avoir trop chaud. »

(Je t’avoue que je n’ai pas vu le rapport, et je gage que toi non plus, mais compte sur lui pour nous l’expliquer !)

« Bah oui, si j’écoute les autres, je vais porter un manteau noir. Mais certains n’aiment pas le noir, alors je devrai aussi en mettre un rouge, et puis un bleu. Mais il y aura forcément des gens pas contents, et je ne pourrai plus jamais m’arrêter. Moi j’ai pas envie de me retrouver avec quinze manteaux sur le dos! »

CQFD.

Changer de stratégie et partager son vécu.

On a eu cette conversation des dizaines de fois. Et pourtant, on tournait en rond.

Jusqu’à hier : j’ai eu une révélation ! (Comprendre : une idée sur laquelle j’ai surfé en espérant qu’elle fonctionne). 

En effet, j’ai pris conscience que pendant tout ce temps, j’ai parlé à Chabi de lui, un peu, et des autres, énormément. Mais jamais de moi. 

Or force est de constater que :

  • Les enfants adorent que leurs parents racontent leurs propres expériences d’enfants et d’ados qui galèrent sur les mêmes sujets qu’elleux.
  • Et surtout, SURTOUT, en matière de personne qui dénote, qui ne se fond pas dans la masse, qui attire les regards (et tout ce qui va avec), je m’y connais plutôt bien.

J’ai donc changé de stratégie.

J’ai demandé à leur papa de décrire mon style vestimentaire de l’époque où on s’est connus. Spoiler : il détestait. (D’ailleurs, pourquoi j’emploie le passé ? Il déteste toujours ! 😂) Et pourtant, ça ne l’a pas empêché de m’aimer.

J’ai raconté aux garçons à quel point j’ai été, moi aussi, la cible de remarques. À quel point c’était difficile de me sentir différente… mais aussi, et surtout, à quel point c’est précieux.

Parce qu’au final, attirer les regards, c’est sortir du lot. C’est être exceptionnel.

Et, je dois l’avouer, j’aime ça.

Peut-être que c’est encore et toujours la même histoire : celle du zèbre qui se grime en caméléon. Or, jusque-là, j’avais mis beaucoup de soin à partager avec mes enfants la difficulté et la douleur que peuvent procurer le fait de se plier à la tyrannie du regard des autres, pour se sentir accepté.e…. mais je ne leur avais pas assez parlé de la fierté d’être soi.

C’est ce que j’ai fait hier. Et je peux te dire que cette conversation m’a fait du bien, à moi aussi : c’était bon de prendre conscience que j’aime être moi !

Contrer son cerveau.

Je crois surtout que ce qui a changé, c’est que Chabi ne voit plus que le négatif.

Avant, il ne prenait en compte que les compliments. Maintenant, il ne retient que les critiques. Se concentrer sur le négatif, c’est un biais cognitif normal. Or, la psychologie positive m’a appris comment on fait pour le contourner… je n’y avais simplement pas pensé !

La solution ? Revenir au positif. (C’est ce que propose, par exemple, la technique des 3 kiffs par jour). 

Nous, on a déplacé le regard de Chabi sur les compliments qu’il reçoit, tous les jours. Que ce soit par exemple de la part des profs de son école, qui passent leur temps à le complimenter sur ses tenues. Ou bien de la part de toutes ces personnes, dont tu fais peut-être partie, qui adorent ses vêtements et me demandent des références pour habiller leurs fils comme lui. Je lui ai promis que s’il le fallait, je tapisserais sa chambre de tous les messages appréciateurs que je pourrais collecter ! 

Mes enfants sont des soleils, et je ne laisserai personne ternir leur lumière, même pas eux-mêmes !

Et toi ?

Si ce texte te parle, si toi aussi tu as un.e enfant (ou un.e toi plus jeune) qui s’est heurté.e au regard des autres, viens me raconter. 

Ici ou ailleurs. 💛


Comme toujours, cette newsletter a été écrite en musique ! 
Ça décoiffe, tu m’en diras des nouvelles (et le clip est tellement cool !)

Na Na Na (Na Na Na Na Na Na Na Na Na), My Chemical Romance.

Cet article est la Chronique Buissonnière du 31/01/2025. Si tu as aimé et que tu veux recevoir les prochaines newsletters, il suffit de t’inscrire ici!

2 Commentaires

  1. Michel CHENU

    Ne soyez vraiment pas inquiète !!! Le plus important c’est que vous l’encouragiez à s’affirmer dans son univers, ses gouts, ses fonctionnements, ses choix et que vous lui donniez moyens non pas de s’en affranchir mais au contraire de les affirmer et de savoir se battre pour !!! …
    Alors ? il aime le rose ??? et alors où est le problème !!!
    Quelle crainte pourriez-vous avoir, c’est votre enfant et il n’est pas le produit d’un pseudo standard… en plus il a chance de vivre à une époque où une majorité progressiste à enfin compris que gouts, affichage, personnalité, genre et orientation n’ont vraiment aucun rapport entre eux, et même là si c’était cas où serait le problème !!!
    Votre petit « garçon rose bonbon » je m’y retrouve en quasi clone il y a plus de 50 ans, non seulement j’adorais et j’aime toujours encore plus que tout le rose le parme et le bleu layette, mais je m’en vêtis toujours prioritairement (et ce n’est pas toujours à trouver les pantalons rose bonbon et les tshirt licorne à ma taille), j’aime toujours autant les princesses, les licornes (j’en suis tatoué !), les fées et les contes fantastiques, j’allais encore bien plus loin que lui pour me complaire et m’exprimer dans mon univers ‘girly’ plus tendre et plus doux, plus « reposant » et plus humains et propice à la rêverie et au bien être…
    Le constat à 60 ans est que je suis incontestablement devenu aujourd’hui un homme accompli et comblé, j’ai 3 enfants épanouis et j’ai vécu de nombreuses vies avec de nombreuses compagnes. Cette riche vie affective est toujours apparue comme une incongruité et un paradoxe pour mon entourage car de fait la « licorne rose queer et woke » que je suis a toujours fortement attiré la gente féminine, principalement les femmes elle-même pleinement accomplies, des plus épanouies, des plus fortes, des plus tolérantes, intelligentes, cultivées et si belles !!!
    Très tôt j’ai choisi en étant aidé par ma famille bienveillante de me montrer et de m’afficher aux yeux du monde tel que je suis en réalité, homme accompli étant très bien entouré affectivement, fondamentalement woke et queer bien, ceci bien qu’assurément indéniablement hétérosexuel ! et oui ma famille et mes proches au début me croyaient forcément gay, ceci un peu bêtement parce qu’à l’époque en se basant de manière réductrice sur des stéréotypes culturels qu’on leur avait inculqué , si bien que comme beaucoup encore aujourd’hui ils confondaient déjà alors allègrement encore le genre et l’orientation… Alors qu’en fait j’étais simplement un jeune homme bien masculin mais qui avait appris à décrypter, comprendre et apprécier les codes et l’univers féminin, et cela m’a plutôt très bien servi pour réussir m’épanouir et m’accomplir socialement !
    Certes dans mes jeunes années j’ai il a fallu assumer, et parfois me battre sans jamais faillir ni laisser tomber pour m’affirmer et imposer aux autres hermétiques ma personne et cela m’a forgé un fort caractère, je me suis fait ainsi rarement quelques inimitiés mais sans rapport beaucoup plus d’amitiés, j’ai un énorme cercle d’amis et suis très bien entouré et ceci même dans les cercles les plus « masculins » car en plus parallèlement j’ai aussi des gouts « testostéronés » et je pratiquais depuis mon plus jeune âge le hockey sur glace puis ensuite le squash, le roller et certains sports mécaniques… les poupées avec lesquelles j’ai joué m’ont inspiré pour bien vite me donner gout de sortir avec ! mes compagnes furent à la fois mes grandes amies et mes grands amours, je fus vite devenu à la fois leur meilleur confident qui comprenait parfaitement leur esprit, leur raison et leur cœur et parallèlement leur amants qui comprenait aussi bien leurs envies, leurs besoins et surtout leur corps, et si vous saviez combien cela à pu me servir d’être ce type d’homme maitrisant autant la forme que le fond de la féminité, pour m’accomplir !!!
    Alors, si votre petit gars aime le rose rien de plus normal, bien au contraire c’est clair que le rose est une des plus belles couleurs de la vie et si en plus il aime les fleurs, les licornes, les princesses et les fées c’est aussi parfaitement logique, qui y a-t-il de plus beau que çà ! .. Et s’il aime comme moi les poupées ne vous inquiétez pas plus que çà, sauf qu’adolescent il risque comme je l’ai fait de les collectionner comme conquêtes et d’en ramener foultitude à la maison, et là vous percevrez le problème tout autrement mais pour un parent c’est aussi source d’inquiétude, là où des mamans s’inquiètent de voir leur enfant sentimentalement seul ou écarté, j’ai ainsi failli à l’inverse rendre folle ma mère qui après c’être inquiété de croire que petit je pouvais visiblement m’avérer être gay c’est inquiété à l’opposé de savoir entre mes 15 et 25 ans si je n’allais pas devoir finir par devenir gourou à la tête du harem d’une secte !
    Votre petit est en fait on ne peu plus normal dans un monde qui ne l’est pas vraiment !!!

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    • Angélique Michelin

      Bonjour Michel, et merci pour ce témoignage plein de joie et d’espoir ! 😊
      Je crois malheureusement que l’option « se faire du souci » est offerte d’office dans le pack parentalité. Pour autant, je ne me suis jamais demandé si mon enfant avait un problème, ou si c’était mal d’aimer le rose, mais plutôt comment l’accompagner au mieux les jours sans. Car, même en 2025, il y a encore des personnes qui aiment les cases et les étiquettes.
      Dans tous les cas, il porte toujours autant de belles couleurs, et il est très épanoui.
      Bonne journée !
      Angélique

      Réponse

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